L'avenir du sylvaner alsacien passe une production plus homogène

26 février 2006 

Le Sylvaner est un cépage synonyme de vin de soif, léger et gouleyant. Les surfaces cultivées en Alsace ont beaucoup chuté ces trente dernières années,  et il se retrouve le plus souvent assemblé avec du pinot blanc dans l’edelzwicker. Les amateurs de grands vins le délaissent, sauf dans le cas de cuvées spéciales produites par une poignée de vignerons. Une telle approche n’est cependant pas de nature à réhabiliter le cépage, elle contribuerait peut-être à confirmer sa mauvaise réputation. Pourtant, le futur du sylvaner se jouera sur sa capacité à produire de bons vins francs, vendus à prix sage.

Le cépage Sylvaner fait souvent le grand écart dans les appréciations des consommateurs. D’un coté, il porte l‘image d’un vin bon marché, produit à plus de 150hl/ha, donnant des vins de soif légers et acides, vins de moins en moins demandés. De l’autre, il fait l’objet d’adoration pour des cuvées moelleuses, liquoreuse, ou encore issues de Grand Cru. Les cuvées spéciales, élevées sous bois ou surmuries  ne manque pas du Nord au Sud de l’Alsace, par exemple chez Pierre Frick, Etienne Loew, Seppi Landmann, René Muré ou Albert Seltz pour citer quelques producteurs réputés. Les Grands Crus Zotzenberg, Muenchberg et Zinnkoepflé produisent également des vins dotés d’une salinité qui est particulièrement bien mise en valeur par ce cépage, l’amertume du sylvaner étant un bon support pour cette forme de minéralité. Certaines vieilles vignes de sylvaner donnent parfois même de meilleurs résultats que du riesling planté au même endroit, comme le célèbre sylvaner 1991 d’Albert Boxler, planté sur le Grand Cru Sommerberg et arraché depuis.

La dégustation récente d’un large éventail des sylvaners produits par Seppi Landmann a permis de montrer en une seule visite que le sylvaner peut prendre plusieurs formes : sec, minéral, moelleux, liquoreux.

Lire les notes détaillées des 8 sylvaners bus ici.

Il n’en reste pas moins que le cépage marque fortement avec ses arômes d’amande fraîche, d’herbe fraîchement coupé et sa texture sèche en bouche, et qu’il est facile de le distinguer d’un riesling ou d‘un pinot blanc quand il est cultivé sans trop de rendement.

Le sylvaner  étonne lorsqu’il sort de l’ordinaire, mais est-ce vraiment faire honneur au cépage que de vanter de manière exclusive ces cuvées hors norme ? C’est oublier que le sylvaner « normal », vin sec ou avec parfois quelques grammes de sucre résiduel, donne de plus en plus de cuvées de base qualitativement parfaites qui sont d’excellents compagnons à table. Mes récentes dégustations m’ont permis de goûter de belles cuvées dans les millésimes récents, auprès de nombreux domaines : si je passe un nombre de vins très honnêtes, du même niveau que les rieslings et pinots blancs de chaque gamme, il y a quelques cuvées qui m’ont particulièrement plu : Domaine de l’Ancien Monastère, Laurent Barth, Jean-Marc Bernhard, Paul Blanck, Albert Boxler, Domaine Josmeyer, Domaine des Marronniers, André Ostertag, Rolly-Gassmann, Marc Tempé, Domaine Weinbach et j’en oublie certainement beaucoup que je n’ai pas encore goûtés. Ces vins sont pour la plupart vendus entre 4 et 6 euros la bouteille, et sont devenus des candidats idéals de flacons à acheter par 6 et à boire régulièrement. 2003 a redonné du souffle à ce cépage avec des cuvées grasses et faciles à boire, qui ont permis à de nombreux amateurs de redécouvrir le cépage. Une fois l’appréhension à goûter disparue, 2004 consacre son statut de vin de soif qu’on aime ouvrir en semaine et 2005 s’annonce une fois de plus très équilibré, avec une acidité mûre qui donnera des vins fruités.

Plus que le coté exceptionnel de certaines cuvées extrêmes, je pense que c’est l’engouement pour un sylvaner franc, sec et frais, vendu à petit prix qui sauvera l’avenir du cépage. L’entrée du sylvaner comme cépage autorisé sur le Grand Cru Zotzenberg le rapproche un peu des quatre cépages dits « nobles » – riesling, muscat, pinot gris et gewurztraminer -, mais c’est surtout sa reconnaissance comme vin de qualité au même titre que les autres cépages alsaciens qui lui redonnera ses vraies lettres de noblesse. Le jour où le Sylvaner Vieilles Vignes d’André Ostertag ne sera plus cité comme une « exception qui confirme la règle », mais simplement reconnu comme le leader d’un peloton désormais regroupé, le cépage aura retrouvé une place de choix dans la galaxie des vins d’Alsace.

Thierry Meyer

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