Le Monde du vin a-t-il perdu la raison - Guy Renvoisé

Le Monde du vin a-t-il perdu la raison - Guy Renvoisé
27 octobre 2004

J’étais très heureux de recevoir le dernier livre de Guy Renvoisé, « Le Monde du vin a-t-il perdu la raison ? » En 1998, alors jeune amateur de vin qui découvrait tous les jours au fil des lectures et des dégustations le petit monde du vin, j’avais été très enthousiasmé par «Le monde du vin, art ou bluff ? ». Les dénonciations de mauvaises pratiques, parfois photo à l’appui, venait me confirmer que tout n’est pas forcément beau dans le monde du vin, comme dans d’autres domaines d’ailleurs.

La lecture de ce dernier ouvrage terminée, je suis perplexe. Je me demande si ce n’est pas Guy Renvoisé qui aurait perdu la raison ? D’un coté j’ai l’impression que ce nouveau livre ne fait que répéter ce qui avait été dit, d’un autre je me sens un peu moins enthousiaste devant certaines dénonciations, peut-être car je suis devenu moins naïf. En résumé, j’ai l’impression que ce livre ne s’adresse pas à moi.

La structure du livre et son contenu transpirent la tradition et le respect de l’artisan, mais tout cela sent un peu le réchauffé.

La première partie adresse des généralités sur l’histoire et l’élaboration du vin, ainsi que sur sa commercialisation. Les critiques portent sur l’utilisation abusive de la machine, des clones, des variétés productives, et sont un peu plus intenses sur les méfaits de la grande distribution et sur les abus possibles du marketing. Néanmoins, le commentaire est biaisé car si une grande surface qui fait de la publicité et des réclames est jetée au pilori pour ses pratiques abrutissantes, Guy Renvoisé ne dit rien sur les vignerons qui affichent le mot « bio » sur tout ce qu’ils touchent, portent la moustache généreuse et roulent les « R » en prononçant le mot terrrrroirrrrr, de manière à bien faire sentir le coté authentique de leur vin à leur client. Alors que ces derniers sont également très forts. En caricaturant un peu, on se retrouve les lieux communs fréquents sur la sauvegarde du petit commerce, sur le travail de qualité de l’artisan caviste, et sur les méfaits de l’industrialisation dans les procédés de fabrication.

S’en suit une revue appliquée de l’ensemble des régions de France, survolées d’assez haut à l’exception de Bordeaux, avec à chaque appellation la liste des vins à ne pas manquer (Poujeaux est un bon Moulis, Coche-Dury fait de bons Meursaults, Roumier fait de bons Chambolle-Musigny, Trimbach fait un bon riesling...). Les dérives de chacune des régions sont répétées, et on n’échappe pas en particulier au petit couplet sur les vins d’Alsace trop moelleux, et sur ces grands rieslings secs qui ont disparu. Malheureusement, en Alsace comme pour les autres régions de France, il manque deux choses des notes de dégustation ou des impressions sur des vins précis, et des informations sur les vins qu’il dénonce. Je suis toujours à la recherche d’un vin d’Alsace surchaptalisé, pour pouvoir le faire goûter à mes amis, mais personne ne m’a encore donnée de nom... Guy Renvoisé a le courage de dénoncer des régions, des méthodes et des appellations, il semble un peu timide pour dénoncer des domaines.

Le dernier chapitre du livre est amusant, car après avoir énoncé ses coups de cœur, le chapitre sur les guides dénonce ceux qui listent des domaines  dans leurs guides, en recommandant aux amateurs de visiter les domaines, de goûter et de se faire une idée par eux même au lieu de suivre bêtement ce que les guides écrivent. Puis, Parker a droit a son petit couplet, Bettane et Desseauve font du copinage et le Guide Hachette est bon pour avoir des adresses.

Vous l’aurez compris, je reste un peu sur ma faim. Guy Renvoisé n’a peut-être pas perdu la raison, ses messages n’ont juste pas changé depuis 10 ans, à juste titre, et c’est le lecteur qui a changé ! Est-ce que parce que j’avais déjà assimilé tous ses messages dans son livre précédent que je suis un peu déçu ? Le livre coûte 29 €, soit deux très bonnes bouteilles de riesling sec alsacien !

Thierry Meyer